• Non, Edouard Philippe, les Départements ne veulent pas « moins » de sécurité routière mais « mieux » de sécurité routière

    35 présidents de conseils départementaux de la droite, du centre et des indépendants réclament la mise en place d’une application différenciée de la limitation de vitesse à 80 km/h sur le réseau routier secondaire.

    Pour faire simple et pour résumer notre démarche, nous demandons la possibilité de faire du cas par cas. Abaisser la vitesse à 80 km/h, voire moins, sur les portions de routes départementales identifiées comme étant accidentogènes et laisser la limitation à 90 km/h sur les autres routes, celles qui n’ont pas connu d’accidents ou qui ne présentent pas de dangerosité particulière.

    Cette position responsable, partagée par la plupart des élus départementaux, a été rejetée par Edouard Philippe.

    Droit dans ses bottes, le Premier ministre est parti en croisade contre la mortalité routière. C’est une noble cause. On ne peut qu’y être favorable. Mais sa méthode est mauvaise.

    Edouard Philippe entend, coûte que coûte, aller jusqu’au bout même si je rappelle qu’Emmanuel Macron, durant la campagne présidentielle, s’était déclaré opposé à cette mesure. Il est persuadé d’avoir raison. Pourtant, personne, au sein de son propre Gouvernement, ne se bouscule au portillon pour défendre un point de vue plus que discutable.

    Dans la lettre qu’il m’a envoyée le jeudi 15 mars dernier, le Premier ministre m’oppose « ses » études, jugées plus fiables que celle réalisée par l’association « 40 millions d’automobilistes » sur les 86 km de routes nationales sur lesquelles a été faite l’expérimentation de l’abaissement de la vitesse à 80km/h.

    Je ne suis pas fermé à la discussion, je suis curieux de nature et je ne demande qu’à être convaincu. J’ai regardé plus en détail les études signalées par le Premier ministre. J’en ai trouvé deux. Une du CEREMA, datée de décembre 2017, et une autre de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, de février 2018.

    La première, un document de 25 pages, parvient à la conclusion que, suite à l’abaissement de la vitesse autorisée de 90 à 80 km/h, la vitesse moyenne enregistrée a… baissé de 4,7km/h ! Diantre. Pas besoin d’être un scientifique ni de faire de coûteuses études pour parvenir à une conclusion aussi pertinente.

    La deuxième propose un bilan de l’accidentalité, toujours sur les mêmes tronçons concernés par l’expérimentation. Dans leurs conclusions, les experts notent que « bien que l’accidentalité présente une tendance générale à la baisse, celle-ci n’est pas statistiquement significative ». Traduction : on a bien observé une baisse des accidents mais on est bien incapable de dire que c’est dû à l’abaissement de la limitation de vitesse.

    Le Premier ministre note ensuite que l’implantation des radars automatiques a engendré une baisse de la vitesse et une baisse de la mortalité. Là encore, c’est logique. La grande vitesse est incontestablement une cause de mortalité routière mais de là à en tirer la conclusion qu’il faut passer à 80 km/h… Pourquoi pas 60 km/h ? Supprimons carrément la voiture et vous verrez que les accidents de la route disparaîtront…

    Enfin, Edouard Philippe m’interpelle en m’expliquant que les habitants des territoires ruraux sont ceux qui paient le plus lourd tribut à la violence routière. Forcément. Je ne dispose pas des statistiques mais je sais qu’il n’y a pas que les ruraux qui empruntent les routes départementales. Alors, bien sûr, il reste que les habitants des campagnes ont besoin de prendre leur automobile pour aller travailler.

    Certains parlent de populisme.

    C’est faux.

    Je ne m’oppose pas en bloc à l’abaissement de la limitation de vitesse.

    Ma démarche ne consiste pas à plaider pour « moins » de sécurité routière. Au contraire, nous, présidents de département, estimons qu’en faisant du cas par cas et en réduisant la vitesse sur les portions de route les plus accidentogènes, les usagers seront plus réceptifs. La mesure sera mieux comprise et, donc, mieux respectée.

    Tout le monde y gagnera. La sécurité routière y gagnera.

    Nous, présidents de département, réclamons une concertation avec l’Etat. Pour adapter le dispositif sur des routes départementales que nous connaissons parfaitement pour les gérer au quotidien depuis des années. L’Etat nous répond généralisation bête et méchante.

    Non, Edouard Philippe, les présidents de département ne veulent pas « moins » de sécurité routière mais « mieux » de sécurité routière. Ils ne veulent pas moins de points sur les permis mais moins de sur les routes.

    Il n’est pas trop tard pour engager une vaste concertation. Je tends la main au Premier ministre.

    J’espère qu’il la saisira.