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    Alors que François Hollande multiplie les commémorations, inaugurations et autres excursions, en attendant son départ de l’Elysée prévu à la mi-mai, on peut d’ores et déjà tirer un premier bilan de son quinquennat.

    On a coutume de dire qu’on ne voit les choses positives que longtemps après. En prenant un peu de recul. Peut-être. Car dans le cas de François Hollande, les actions positives de son quinquennat ne sautent pas vraiment aux yeux alors qu’il s’apprête à quitter l’Elysée.

    Par contre, entre errements politiques, erreurs économiques et fautes personnelles, il y a beaucoup à dire.

     

    Errements politiques d’abord.

    En 2012, François Hollande a été élu. Sa campagne à gauche toute lui a en effet permis de rassembler largement son camp. On se souvient notamment du fameux discours du Bourget et du non moins fameux « Mon ennemi, c’est la finance » qui avaient mis en transe ses supporters, tout à la promesse d’une taxation à 75%.

    La chute n’en a été que plus rude. Le tournant social-libéral de Hollande en 2014 a profondément divisé ses partisans. C’est ce changement de cap qui est à l’origine du schisme socialiste actuel.

    Errements politiques toujours quand le candidat Hollande s’était présenté, durant la campagne, en père la vertu pour mieux stigmatiser son rival d’alors, Nicolas Sarkozy, et se démarquer de pratiques du pouvoir qu’il jugeait contestables.

    Là encore, on a vu que le candidat était bien plus vertueux que le Président. Un Président qui s’est entouré de nombreux ministres pas toujours très respectueux des règles. Jamais quinquennat n’a été autant pollué par des affaires politico-judiciaires que celui qui s’achève actuellement dans la confusion.

    Jérôme Cahuzac d’abord, le ministre en charge de lutter contre la fraude fiscale qui avait un compte planqué en Suisse, ou Thomas Thévenoud, le plus éphémère secrétaire d’Etat de toute la Vème République, atteint d’une telle « phobie administrative » qu’il en « oubliait » de déclarer ses impôts.

    On peut également citer les départs volontaires ou contraints de Delphine Batho, Arnaud Montebourg, Cécile Duflot, Kader Arif, Benoît Hamon, Aurélie Filippetti, Christiane Taubira ou Bruno Le Roux. Autant de ministres qui ont pris la porte pour cause d’incompatibilité d’humeur ou qui furent virés avec perte et fracas après avoir fauté ou « frondé » plus ou moins ouvertement.

    Cinq ans durant, le Gouvernement n’a jamais pu fonctionner, continuellement pollué par des querelles internes, des couacs de communication et des divergences de vue.

    C’est Jean-Marc Ayrault annonçant une décision du Conseil constitutionnel avant sa publication officielle par les Sages.

    C’est Manuel Valls et Ségolène Royal s’opposant frontalement sur les affaires des boues rouges au large de Cassis ou de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

    Ce sont les couacs liés à l’écotaxe, piteusement abandonnée en rase campagne alors qu’elle avait fait l’unanimité au Parlement. Coût du fiasco : un milliard d’euros pour les finances publiques.

    Ce sont également les réactions consternées de membres du Gouvernement après la parution du livre-confidences « Un Président ne devrait pas dire ça ».

    Cinq ans durant, avec Jean-Marc Ayrault, comme avec Manuel Valls et Bernard Cazeneuve à Matignon, l’exécutif a donné l’image d’un amateurisme atterrant.

    A chaque fois, François Hollande a tenté, timidement, de remettre de l’ordre, promettant que c’en était fini des couacs à répétition. A chaque fois, les voix discordantes et les ratés ont repris de plus belle, laissant une triste impression de vacance du pouvoir.

     

    Errements politiques, mais également erreurs économiques en cascade.

    Le changement de cap économique de Hollande en 2014 a signé l’échec de la première année du quinquennat. Un an de perdu. Voilà ce que tout le monde a pensé quand François Hollande a annoncé son Pacte de responsabilité et son Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE).

    Là encore, le Président Hollande a dû se résoudre à désavouer le candidat Hollande, qui dénonçait durant la campagne présidentielle les baisses de charges aux entreprises et la TVA sociale décidées par Nicolas Sarkozy.

    Car le CICE n’est ni plus ni moins qu’un dispositif destiné à redonner des marges de manœuvre à des entreprises qui en manquaient cruellement. Mais alors que la baisse des charges de Sarkozy favorisait la création d’emplois, le CICE de Hollande n’aura eu, selon les récentes évaluations, qu’un effet difficilement mesurable en termes d’emploi.

    Mais pourquoi imaginer un CICE que la plupart des spécialistes ont présenté comme une usine à gaz ?

    Il fallait faire une politique de l’offre, et tourner ainsi le dos au dogme socialiste de la politique keynésienne de relance par la demande, mais sans que cela fut trop visible et que sans que cela ressemble trop à ce qu’avait imaginé Nicolas Sarkozy.

    Autre énorme erreur économique, qui a plombé le quinquennat, le « choc fiscal ».

    Les 32 milliards de hausse des impôts ont suscité chez les Français le désormais célèbre « ras-le-bol fiscal », théorisé par Pierre Moscovici, alors ministre de l’Economie.

    Surtout, la hausse a été tellement rapide et violente qu’elle a tué dans l’œuf la reprise qui semblait s’amorcer.

    Enfin, comment ne pas regretter que la France n’ait pas profité davantage de l' »alignement des planètes », ces facteurs conjoncturels favorables, pour conduire les réformes structurelles courageuses dont a besoin notre pays.

    Euro faible, taux d’intérêt historiquement bas et baisse du prix du pétrole constituaient autant d’oxygène qui auraient dû permettre à François Hollande de se poser en président réformateur. Et courageux.

    Il s’agit incontestablement d’une occasion manquée.

    Toutes ces erreurs économiques ont conduit à l’explosion du chômage. Notre pays est désormais englué dans un chômage de masse, les records du nombre de demandeurs d’emploi tombant les uns après les autres, mois après mois.

    Alors qu’il avait annoncé l’inversion de la courbe du chômage pour fin 2013, François Hollande ne la verra jamais en tant que Président de la République. Quand il quittera l’Elysée, dans un mois, la courbe ne sera en effet pas inversée.

    C’est d’ailleurs pour avoir lié son destin présidentiel à cette fameuse inversion de la courbe du chômage que François Hollande est devenu le Président le plus impopulaire de la Vème République et a été empêché de briguer un second mandat.

     

    Enfin, tout le quinquennat a été émaillé de fautes personnelles de François Hollande.

    Jamais les affaires ou le comportement du Président n’avaient eu une telle résonance.

    Quelques exemples ? Il suffit de reprendre la célèbre anaphore « Moi, Président… » qu’il avait prononcée lors du débat télévisé de l’entre-deux-tours de la présidentielle en mai 2012 pour se rendre compte que presque tout ce qu’il avait annoncé ou promis a été abandonné ou renié en cours de route.

    Hollande avait ainsi affirmé qu’un ministre ne pourrait pas cumuler ses fonctions au gouvernement avec un exécutif local. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense et Président du Conseil régional de Bretagne, en rigole encore.

    Il avait assuré qu’il ne recevrait pas les parlementaires de la majorité à l’Elysée. Tous ont défilé durant le quinquennat, par petits groupes, chaque semaine, au Palais.

    Il s’était engagé à instaurer la proportionnelle aux législatives. Passée par pertes et profits.

    Surtout, le Président « normal » avait promis un comportement « exemplaire ».

    Ses péripéties en scooter Rue du Cirque, l’affaire Léonarda, ses démêlés conjugaux avec sa compagne ou les révélations sur son coiffeur personnel ont vite ramené le Chef de l’Etat sur le terrain de la « normalité ».

    Non, monsieur Hollande, être Président n’est pas une fonction « normale ». Pour avoir voulu nous faire croire le contraire, François Hollande s’est fourvoyé.

    Entre errements politiques, erreurs économiques et fautes personnelles, ce quinquennat a viré au calvaire pour François Hollande et pour de nombreux Français.

    J’ai envie de terminer ce long post par un soupçon d’ironie.

    Merci pour ce moment, qui s’achève enfin, monsieur le Président…