• Macron se cherche…

    Les six principaux candidats à l’élection présidentielle, ou leur représentant, ont été invités, mercredi 8 mars, par l’Assemblée des Départements de France à un grand oral organisé à Paris. Chacun disposait de 30 minutes pour évoquer son programme et répondre aux questions des élus.

    D’abord, sur leurs propositions en matière financière. On se souvient que le candidat Hollande avait annoncé une stabilisation des dotations financières aux collectivités locales avant que le Président Hollande n’opère la purge que l’on connaît lors des cinq dernières années. Communes, départements et régions ont été appelés à un effort sans précédent pour soi-disant participer à « l’effort de redressement des finances publiques » à hauteur de 10 milliards d’euros.

    Les membres de l’ADF souhaitaient également connaître le projet des candidats sur le devenir du Département. Tous, nous avons en mémoire les velléités de François Hollande et de Manuel Valls contre l’institution départementale. Dans un climat d’improvisation totale, les deux têtes de l’exécutif avaient en effet projeté de supprimer le Département. Avant de battre en retraite devant la colère des élus de gauche et de droite.

    Les Présidents des conseils départementaux ont tout d’abord été rassurés. Après cinq ans de bric et de broc, une fusion des Régions surréaliste et d’un amateurisme stupéfiant, deux lois MAPTAM et NOTRé, mal préparées, qui ont apporté confusion et complexification, les élus départementaux attendent une pause dans les réformes territoriales. Tout au plus exigent-ils des simplifications des textes existants.

    Nous avons été entendus. Le grand soir de la décentralisation ne sera pas pour le prochain quinquennat. Les candidats à la présidentielle sont unanimes pour dire que la pause s’impose dans les réformes touchant les collectivités locales.

    Sur la question des dotations financières, François Fillon a clairement annoncé la poursuite de la baisse des concours financiers de l’Etat. A hauteur de 1,5 milliard par an pendant tout le quinquennat. Soit 7,5 milliards en tout. C’est clair.

    De son côté, Emmanuel Macron a fait comme son mentor Hollande. Une sorte de flou artistique. Pour ne fâcher personne. Du pur Hollande.

    Il a en effet annoncé qu’il demanderait aux collectivités 10 milliards d’euros d’économie. En affirmant qu’il ne toucherait pas aux dotations. Cherchez l’erreur. Et comme chez les socialistes, on ne fait jamais dans la demi-mesure, il a précisé que ces 10 milliards d’euros d’économies seraient réalisées via une « stratégie de maîtrise de leurs dépenses ». Une jolie phrase qui ne mange pas de pain mais qui ne veut pas dire grand chose…

    Macron a par ailleurs redit sa volonté de supprimer la taxe d’habitation pour 80% des ménages, ce manque à gagner étant compensé par l’Etat ! On croit rêver.

    Outre que cette décision obérera un peu plus l’autonomie fiscale des communes et des départements, elle revient à remplacer un impôt local par un impôt national. Car, au final, qui paiera cette exonération compensée par l’Etat ? Les Français, via leurs impôts nationaux. Un joli tour de passe-passe qui ne rendra pas le moindre euro de pouvoir d’achat aux contribuables.

    Enfin, sur le devenir du Département, tous les candidats ont tenu à rassurer les membres de l’ADF. Tous sauf un. Emmanuel Macron.

    L’ancien ministre de l’Economie souhaite en effet supprimer au moins un quart des Départements. Notamment « là où ils peuvent être rapprochés de l’une de nos grandes métropoles ».

    Avec la vision métropolitaine exacerbée de l’actuel gouvernement, cela équivaudrait à supprimer une trentaine de Départements -si on prend en compte ceux de la région parisienne-. Dont celui de la Côte-d’Or, Dijon ayant vocation à acquérir le statut de métropole dans les prochains jours.

    Quelle erreur. Quelle vision parisianiste de l’aménagement du territoire. Quelle représentation tronquée de la France des territoires…