• Macron : ramasse-miettes de la présidentielle ?

    Mercredi 22 février, le double ralliement de François de Rugy et de François Bayrou au panache blanc d’Emmanuel Macron a constitué l’événement de cette campagne présidentielle atypique. Les médias ne s’y sont pas trompés. Ils ont fait les gros titres de cette double allégeance. Le candidat Macron serait relancé sur la voie de l’Elysée après le « renfort » de Rugy et de Bayrou.Les soutiens d’Emmanuel Macron se sont aussitôt répandus sur les réseaux sociaux, se félicitant ainsi de l’union que le jeune énarque serait en train de construire.

    Mais quelle construction !

    D’abord François de Rugy : ancien membre d’Europe Ecologie-Les Verts, le député de Loire-Atlantique a abandonné ses camarades écologistes en cours de mandat pour fonder le Parti écologiste dont il a pris la présidence en 2015. Il a alors rejoint le groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Dans la foulée, il a participé à la primaire de la gauche. En promettant, à l’instar de tous les autres candidats, de soutenir le vainqueur quel qu’il soit.
    Et puis mercredi, François de Rugy a annoncé qu’il ralliait Emmanuel Macron.
    Je ne sais pas si François de Rugy est un « progressiste » mais ce n’est pas la cohérence politique qui l’étouffe. En témoigne son parcours tortueux…

    Ensuite François Bayrou. Après avoir longtemps laissé planer le doute sur une quatrième candidature présidentielle, le maire de Pau a finalement jeté l’éponge. Officiellement parce qu’il souhaite barrer la route à Marine Le Pen et faire de la politique « autrement ». Plus prosaïquement, certaines mauvaises langues n’hésitent pas à dire que les sondages, calamiteux, ne seraient pas étrangers à cette décision. En faisant moins de 5%, François Bayrou n’aurait pas été remboursé de ses frais de campagne.

    Ainsi, après avoir critiqué avec des mots très durs celui qu’il appelait « le candidat de la finance », François Bayrou a finalement décidé de se ranger derrière le jeune banquier. On parle là du François Bayrou qui roulait pour Juppé, qui validait son programme et qui est probablement responsable, pour partie, de sa défaite à la primaire de la droite et du centre. Pas très cohérent mais tellement caractéristique de ce qu’est le président du MoDem depuis des années…

    Car, en y regardant de plus près, cette décision n’est guère étonnante. En 2007, François Bayrou avait appelé à voter pour Ségolène Royal. En 2012, il avait annoncé avoir voté pour François Hollande. En réalité, François Bayrou roule toujours pour la gauche depuis 2007. Sauf quand il a besoin de la droite. Pour conquérir la mairie de Pau, par exemple.Hollande s’étant lui-même mis hors-jeu, il n’est pas étonnant que François Bayrou rejoigne son successeur désigné, son ancien ministre de l’Economie. Celui qui a inspiré la politique économique du quinquennat qui s’achève.

    Pas sûr, donc, que les ralliements de François de Rugy et de François Bayrou soient une si bonne opération pour Emmanuel Macron. Pour quelqu’un qui se dit en dehors du système, qui prône la « politique autrement » et qui a fait du « renouvellement » un leitmotiv de sa campagne, le double soutien de vieux routiers de la vie politique française n’apparaît pas réellement de nature à enchanter l’électorat.

    Surtout, plus la campagne avance et plus Emmanuel Macron apparaît comme le ramasse-miettes de la présidentielle. Au fur et à mesure de ses bons sondages, il est rejoint par de nombreux briscards du PS, en mal d’investitures pour les législatives de juin, et d’anciens ténors de la vie politique nationale, à l’instar de François Bayrou. Un François Bayrou qui ne vise donc plus l’Elysée mais qui a désormais clairement des vues sur Matignon…