• Macron ou Le Pen Président : vers un pays ingérable ?

    Si l’on en croit les sondages sur la présidentielle et les analyses qui vont avec, tout est déjà joué !

    Selon les spécialistes auto-proclamés qui hantent les plateaux télés et les rédactions des journaux, tout est réglé d’avance. Le deuxième tour mettra aux prises Marine Le Pen et Emmanuel Macron. C’est écrit.

    Ces pseudo-experts n’avaient pourtant pas prévu, hier, la victoire de François Fillon et de Benoît Hamon aux primaires. Un mois avant le scrutin, tous étaient unanimes pour annoncer la victoire d’Alain Juppé et de Manuel Valls. Avec force démonstrations infaillibles. On a vu la suite.

    Car ils ont oublié un détail qui a pourtant son importance : c’est le peuple français qui se choisira souverainement son Président et il a largement prouvé qu’il n’aimait pas se faire enfermer dans un scénario écrit à l’avance.

    Moi, je crois possible la victoire de François Fillon. Mais admettons qu’Emmanuel Macron ou Marine Le Pen soit le prochain locataire de l’Elysée.

    Imaginez le jour d’après. Je pense aux législatives qui suivront la présidentielle, en juin, et à la suite.

    Les législatives doivent en effet donner une majorité au président élu, lui permettant de gouverner et de mettre en application son programme. C’est ce qui fait la solidité de notre Vème République. Elle donne des responsabilités fortes au Chef de l’Etat et des pouvoirs du Parlement.

    Si François Fillon est vainqueur au soir du 7 mai, il sera en mesure d’obtenir une majorité LR-UDI solide au Palais-Bourbon. Mais qu’en serait-il pour Emmanuel Macron et Marine Le Pen ?

    Même dans un cas de figure extrêmement favorable, Marine Le Pen semble incapable de rassembler plus de 70 à 80 députés à l’Assemblée nationale. C’est beaucoup, si on compare à la situation actuelle -deux députés- mais c’est notoirement insuffisant pour espérer gouverner. C’est en effet très loin des 289 élus nécessaires pour obtenir la majorité absolue au Palais-Bourbon.

    Et Emmanuel Macron ? Est-il capable d’obtenir 289 élus ? Comment ferait-il pour disposer d’une majorité prête à voter comme un seul homme pour un programme « ni de droite-ni de gauche » ? Pourra-t-il gouverner avec une majorité faite de bric et de broc ? J’en doute.

    Pourquoi ? Je vois trois raisons essentielles.

    La première est liée aux soutiens de Macron. Ils vont de l’ex-communiste Robert Hue à l’ex-copéiste Lemoyne en passant par Bayrou. Des soutiens qui ont des visions politiques totalement opposées. Or, le quinquennat de François Hollande a montré les difficultés à gouverner quand on s’appuie sur une majorité hétéroclite. Et pourtant, les députés Hollandais étaient tous membres du même parti, le PS.

    On a vu ce que ça a donné. Un bazar innommable, des frondes permanentes pendant cinq ans et une impossibilité pour le Chef de l’Etat d’impulser les réformes structurelles nécessaires pour redresser le pays. En voulant ménager les frondeurs et les réformistes, François Hollande a fait du consensus mou, de la synthèse.

    Ce serait encore pire avec Macron. Il serait, je pense, dans l’impossibilité de mettre en œuvre son programme.

    La moindre réforme serait amendée, triturée, défigurée pour devenir inoffensive pour la droite et la gauche, donc inopérante.

    La deuxième raison, c’est qu’Emmanuel Macron a annoncé qu’il investira pour moitié des candidats issus de la société civile. Des inconnus, des élus locaux à la notoriété moindre. Or, si les Français plaident pour le renouvellement de la vie publique, ils ont tendance à voter pour des élus connus. Un député sortant à plus de chance d’être réélu qu’un membre de la société civile qui fait ses premiers pas en politique. Un paradoxe qui explique pourquoi les partis investissent de nouveaux candidats à petites doses.

    La troisième raison, c’est que Macron est majoritairement perçu comme l’héritier de Hollande. Or, les Français en ont assez.

    Ils ont soif d’alternance. Une alternance qu’Emmanuel Macron, ancien conseiller et ancien ministre de Hollande, instigateur de sa politique économique, ne peut décemment pas incarner. On voit bien d’ailleurs que la plupart des ministres et « Hollandais » historiques l’ont déjà rejoint ou s’apprêtent à le faire.

    Marine Le Pen ou Emmanuel Macron peuvent accéder à l’Elysée. Mais l’un ou l’autre sera ensuite dans l’incapacité institutionnelle de gouverner et de gérer le pays.

    Et on sera reparti pour cinq ans de flottement et d’inaction. Un quinquennat Hollande bis qui porte en germe Le Pen 2022. Car une fois que les Français auront essayé la droite, la gauche et la désillusion du ni-ni, que leur restera-t-il ?