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    Le changement climatique est une réalité : il y a urgence à agir

    Notre pays est actuellement confronté à un sérieux phénomène de sécheresse. Depuis le printemps, les épisodes de canicule se succèdent. Si cet événement climatique n’est pas nouveau, ce sont sa répétition et sa durée qui inquiètent. Surtout que les périodes de canicule s’accompagnent d’un déficit important des précipitations.

    La conjonction des deux phénomènes, températures caniculaires et faiblesse des précipitations, a des conséquences dramatiques pour l’environnement et certains secteurs économiques. Les cours d’eau s’assèchent avec une rapidité jamais vue, la végétation souffre, les agriculteurs, qu’ils soient éleveurs ou producteurs, sont confrontés à d’importantes difficultés et on voit se multiplier les problèmes d’approvisionnement en eau des usagers.

    Surtout, la sécheresse de cet été vient illustrer une nouvelle fois une cruelle vérité : le changement climatique est chaque jour plus présent dans nos vies. Il se traduit par des périodes importantes de sécheresse, entrecoupées de violents épisodes météorologiques (orages, inondations…).

    Je l’ai évoqué cet été avec Nicolas Hulot lors de notre rencontre comme Président de la Conférence des Présidents de Comité de Bassin. Le changement climatique impose des évolutions radicales dans la gestion de nos ressources naturelles. L’eau est devenue un sujet environnemental, économique et géopolitique majeur. Il impose aux usagers de nouvelles pratiques mais réclame aussi des décideurs publics une politique de l’eau nouvelle qui nous prépare à cette profonde mutation.

    Les projections du changement climatique laissent envisager des impacts considérables sur le cycle de l’eau en Seine-Normandie.

    Selon les projections des scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), que j’ai eu l’occasion d’évoquer avec Jean Jouzel, le changement climatique pourrait se traduire d’ici à 2100 par :

    – une aggravation des étiages avec des sécheresses plus marquées en été et des risques d’inondations accrus en hiver ;

    – une baisse de 10 à 30% du débit de la Seine et des cours d’eau du Bassin, une tendance qui pourrait accroître les problèmes de pollution ;

    – une baisse du niveau des nappes d’eau souterraine de 30%, soit jusqu’à 10 mètres localement ;

    – une augmentation de la température des cours d’eau de 2°C avec des conséquences sur la qualité des eaux ;

    – une élévation du niveau de la mer jusqu’à un mètre.

    On le voit, il y a désormais urgence à agir !

    C’est dans cet esprit que j’ai souhaité, en septembre 2015, avec Jean-François Carenco, Préfet de bassin, lancer sur le bassin Seine-Normandie la réflexion autour d’une stratégie d’adaptation au changement climatique.

    Notre objectif est d’avancer vers un territoire plus résilient et solidaire face aux dérèglements climatiques. Il s’agit également de promouvoir une vision de long terme pour le bassin, à travers une stratégie partagée, identifiant les enjeux et les leviers d’action adaptés aux différents territoires et acteurs du bassin.

    Pour cela, il faudra répondre à plusieurs défis :

    – Réduire la dépendance à la ressource en eau ;

    – Préserver la qualité de l’eau ;

    – Préserver la biodiversité et conserver les fonctionnalités des milieux aquatiques, humides et marins ;

    – Accroître l’infiltration pour limiter les inondations par ruissellement ;

    – Anticiper les conséquences de l’érosion côtière et de la submersion marine.

    Il faudra également poursuivre notre action pour le renouvellement des réseaux et la lutte contre les fuites.

    La mise en œuvre de la stratégie d’adaptation du Comité de Bassin Seine-Normandie sera intégrée dans notre 11ème programme d’intervention 2019-2024 pour être déclinée dans nos aides en direction des territoires.

    Au sein du Comité de Bassin que je préside, préserver la ressource est une ambition que nous portons ensemble. Les objectifs de bon état des eaux qui nous mobilisent au quotidien ne doivent pas occulter la question de la ressource. Une eau de qualité est nécessaire, mais elle doit aussi être en quantité suffisante et maitrisée face aux risques successifs avérés d’épisodes de sécheresse et d’inondation.

    Nous ne répondrons à ces défis majeurs que si les moyens des Agences de l’eau sont préservés. Le prélèvement annuel de l’Etat sur le budget des Agences de l’Eau va à l’encontre de ce qui doit être notre objectif commun.

    Face au défi du changement climatique, notre volonté est unanime. Il convient maintenant de garantir et de sanctuariser les moyens d’une politique de l’eau ambitieuse et de rester fidèle à un principe fondamental : l’argent de l’eau doit plus que jamais aller à l’eau.