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    Elections sénatoriales : la France des territoires inflige son premier revers à Emmanuel Macron

    Appelés aux urnes, dimanche 24 septembre, pour renouveler la moitié des sièges de la Haute-Assemblée, soit 171 sénateurs, les grands électeurs ont infligé son premier revers électoral à Emmanuel Macron. Contrairement aux prévisions du Président de la République, la droite et le centre ont renforcé leur implantation au Palais du Luxembourg tandis que La République en marche a bu la tasse.

    Mais pouvait-il en être autrement ?

    Le corps électoral de ce scrutin étant largement constitué d’élus locaux, il était prévisible que les représentants des communes, départements et régions infligeraient un carton jaune à Emmanuel Macron. C’est un premier avertissement sans frais pour le Chef de l’Etat mais un avertissement qui doit l’inciter à infléchir sa politique en direction des territoires.

    Car, depuis son arrivée à l’Elysée, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de multiplier les décisions aggravant la situation des collectivités locales.

    Lors de la Conférence des Territoires, le 17 juillet, le Chef de l’Etat a tout d’abord annoncé aux élus locaux qu’ils devraient réaliser 13 milliards d’euros d’économies supplémentaires sur la durée du quinquennat. Soit 3 milliards de plus que ce qui avait été dit durant la campagne présidentielle. Le premier élément d’un « Pacte » qui n’en a finalement que le nom et qui s’apparente davantage à un diktat.

    Ce sont ensuite 300 millions d’euros de crédits destinés à l’investissement des collectivités qui ont été annulés par un décret publié en catimini durant l’été.

    C’est la réserve parlementaire, qui bénéficiait essentiellement aux communes rurales, qui a été sacrifiée au nom de la moralisation politique.

    C’est la taxe d’habitation que l’exécutif souhaite supprimer pour 80% des ménages et compenser on ne sait trop comment.

    C’est une vision essentiellement métropolitaine de l’aménagement du territoire, qui laisse de côté des millions de Français des zones rurales et périurbaines, accentuant leur sentiment d’abandon et la fracture territoriale.

    Ce sont enfin les financements des contrats aidés, indispensables aux collectivités pour exercer leurs missions du quotidien, qui ont été rabotés à l’extrême.

    Des annonces mortifères, donc, qui ont fini de décourager des élus locaux déjà passablement échaudés par cinq ans de François Hollande. Et ce ne sont pas les récentes tentatives d’adoucissement d’Edouard Philippe et de ses ministres, qui s’apparentaient plus à des manœuvres de sauve-qui-peut qu’à une véritable prise de conscience, qui ont permis à La République en marche d’éviter le naufrage.

    Car, au final, c’est bien de naufrage qu’il s’agit.

    Alors que François Patriat escomptait doubler le nombre actuel de sénateurs LREM, le groupe La République en marche devra se contenter de 28 membres. Soit moins que les 29 sénateurs que comptait le groupe avant le scrutin. On est donc très loin du triomphe annoncé au lendemain des dernières élections législatives.

    Ce résultat doit faire prendre conscience à Emmanuel Macron que les collectivités locales et leurs élus doivent être considérés comme de véritables partenaires et acteurs de proximité. Et pas comme des variables d’ajustement budgétaire.

    Ce renforcement de la droite et du centre et l’affaiblissement du groupe LREM au Sénat ont des conséquences directes et insoupçonnées sur la suite du quinquennat.

    D’abord, Gérard Larcher, président du Sénat et candidat à sa succession, l’a affirmé clairement : la Haute Assemblée va se poser en véritable « contre-pouvoir ». Le Président de la République devra compter sur les sénateurs dans le processus législatif.

    Ensuite, ce premier revers électoral, après une présidentielle et des législatives réussies, met Emmanuel Macron en difficulté pour la suite de son quinquennat, notamment en ce qui concerne ses réformes de la Constitution. Le Chef de l’Etat a beau minimiser le rôle du Sénat, il espérait obtenir la majorité des 3/5èmes des parlementaires pour faire voter d’éventuelles révisions constitutionnelles.

    Il peut certes compter sur le soutien théorique de 395 députés, soit 313 LREM, 47 MoDem et 35 « Constructifs ». Mais il lui fallait 160 sénateurs pour faire le compte et disposer des 555 parlementaires nécessaires pour faire voter une révision constitutionnelle.

    Après le résultat de dimanche, il en est très loin et il va donc devoir passer par la case, toujours incertaine, du référendum ou tenter de réunir des « majorités de projets » s’il veut modifier la Constitution, comme il l’a promis durant la campagne présidentielle.

    Deux mauvaises solutions.

    Si l’organisation d’un référendum est bien entendu possible, il faut garder à l’esprit que les Français ont souvent tendance à ne pas répondre oui ou non à la question posée mais pour ou contre le pouvoir en place.

    Quant à réunir des « majorités de projets », la manœuvre est également hasardeuse. Car qui dit « majorités de projets », dit tractations, négociations ardues et petits arrangements entre amis dans les arrières boutiques des partis. Donc « vieille politique ».

    Un paradoxe pour le chantre du « nouveau monde » » qu’est censé incarner Emmanuel Macron. Lui qui voulait faire de la politique « autrement »…