• Jupiter redescend sur terre

    L’interview accordée ce jeudi 31 août à l’hebdomadaire Le Point par Emmanuel Macron marque un profond changement de paradigme dans la communication du Chef de l’Etat.

    C’en est fini de la parole rare. Dans le nouveau monde qu’il appelle de ses vœux et qu’il pense incarner, Emmanuel Macron croyait que le bon peuple se contenterait des quelques mots et explications qu’il daignerait leur adresser.

    C’est raté.

    Car les Français ont ceci de contrariant qu’ils sont certes prêts à faire des efforts et à accepter de profondes évolutions de leurs modes de vie pour peu qu’on leur explique les finalités des réformes promises. Ou plutôt les « transformations » qu’on veut leur imposer.

    N’en déplaise à Emmanuel Macron, nos concitoyens n’ont que faire des mises en scène bling-bling que l’Elysée leur sert régulièrement sur un plateau dans quelques médias triés sur le volet.

    Macron aviateur façon Top Gun, Macron sportif qui défend les JO à Paris ou Macron champêtre qui se promène avec madame, ça fait de belles photos sur du papier glacé. Mais ça n’améliore guère le quotidien de nos concitoyens. Surtout, ça donne l’image d’un profond décalage entre les Français et leurs dirigeants.

    Nos concitoyens demandent du concret. Ils veulent savoir à quoi serviront les sacrifices qu’on leur réclame. Ils exigent la clarté. Ils veulent comprendre. Ils veulent être convaincus.

    C’est légitime.

    Les Français refusent d’accorder un blanc-seing à leur Président car ils n’oublient pas qu’Emmanuel Macron n’a suscité l’adhésion que de 18,19% du corps électoral au premier tour de la présidentielle. Soit 8,7 millions des 47,6 millions d’électeurs inscrits. Très loin du plébiscite qui pourrait donner une légitimité incontestée et des marges de manœuvre confortables.

    Du coup, devant le déficit d’explications et cette impression de cafouillage permanent, les Français sont mécontents. Et à mesure que la contestation monte, la popularité du Président chute. A un niveau encore jamais vu dans l’histoire de la Vème République.

    Echaudé par 100 premiers jours ponctués de couacs et par un été calamiteux sur le plan de la communication, Emmanuel Macron a pris conscience qu’il était temps de revoir sa stratégie. Et de repenser la forme de la parole présidentielle.

    Le Chef de l’Etat est donc redescendu de son Olympe et a opéré un retour sur le terrain pour faire la pédagogie de ses réformes.

    Ses ministres ayant quelques difficultés à produire des explications de texte dignes de ce nom, Emmanuel Macron a décidé de faire le job lui-même et d’ouvrir de nouveau sa porte aux médias.

    C’est promis. Il va articuler et utiliser des mots simples pour traduire au mieux la finalité des complexes desseins élyséens et les rendre ainsi plus intelligibles.

    Après avoir renoué avec la pratique du off, si chère à François Hollande, lors d’un récent déplacement, Emmanuel Macron s’est ainsi abondamment confié dans l’hebdomadaire Le Point. Il a justifié ses réformes, fixé les objectifs du quinquennat et fait la pédagogie des mesures qu’il propose au pays.

    Emmanuel Macron a également sommé ses ministres, et notamment le Premier d’entre eux, de se montrer davantage dans les médias et de faire le service après-vente. Eux qui étaient priés de garder silence sont désormais envoyés au front. Pour protéger le Président.

    Enfin, le Chef de l’Etat s’est doté d’un porte-parole. Il a choisi Bruno Roger-Petit.

    Un ancien journaliste chargé de « relayer » la bonne parole macroniste ? Le dernier journaliste qui s’est essayé à la propagande présidentielle, Claude Sérillon, nommé par François Hollande, n’a pas laissé un souvenir impérissable.

    Surtout, on souhaite bien du plaisir au nouveau porte-parole de l’Elysée. En tant qu’éditorialiste, il a en effet dézingué la quasi-totalité des acteurs politiques du moment. Ses nouveaux collègues du Gouvernement compris.

    A y regarder de plus près, cette nouvelle stratégie ne repose finalement que sur du très classique. Macron fait comme ses prédécesseurs. Oubliée la communication du « nouveau monde ». Place à la stratégie de crise. Comme « avant ».

    Bon retour dans l' »ancien monde », Monsieur le Président