• Emmanuel Macron doit impérativement reprendre la barre du navire France à la dérive…

    Le début de l’été avait été cataclysmique pour Emmanuel Macron. La rentrée l’est tout autant. Depuis le 15 août, il ne se passe pas un jour sans une polémique qui met en évidence l’incurie du pouvoir.

     

    Cette rentrée politique est d’abord l’occasion d’assister à la saison 2 de l’affaire Benalla. La première saison était passionnante, le scénario haletant. La saison 2 a démarré sur les chapeaux de roue. L’audition d’Alexandre Benalla par la commission d’enquête du Sénat s’est en effet révélée captivante captivante. Mais quel était donc le rôle exact de cet obscur chargé de mission du Palais ? Qu’y a-t-il à cacher pour que tout l’exécutif monte au créneau pour éviter à l’impétueux Benalla d’être entendu par les sénateurs ?

    Emmanuel Macron, Nicole Belloubet, ministre de la Justice, et Benjamin Griveaux, porte-parole du Gouvernement, ont beau jeu de critiquer une séparation des pouvoirs que bafouerait le Sénat en voulant « contrôler » l’Elysée. C’est quand même Emmanuel Macron en personne qui a pris son téléphone pour dire tout le mal qu’il pensait de la manœuvre sénatoriale à Gérard Larcher, Président de la Haute-Assemblée. Assurément une première dans l’histoire de la Vème République.

     

    Et que dire de la double démission surprise, fin août, de Nicolas Hulot et Laura Flessel si ce n’est qu’elle est le signe d’un malaise palpable au sein du Gouvernement. Passe encore que Nicolas Hulot en ait marre de mentir -ce sont ses termes- mais la démission « spontanée » de Laura Flessel pour des problèmes « personnels » interpelle. Selon certains médias, il apparaît en effet que le Chef de l’Etat et son Premier ministre étaient au courant des démêlés fiscaux de l’ancienne championne depuis le début de l’été.

    Et que dire encore de l’annonce soudaine de la démission prochaine, vraisemblablement en juin 2019, de Gérard Collomb ? Le ministre de l’Intérieur a des vues sur Lyon dont il a occupé le fauteuil de maire pendant 16 ans. Il a clairement coché la case des municipales de 2020 tout en demeurant au sein de l’exécutif. La conséquence ? A partir de maintenant et jusqu’au printemps prochain, le Gouvernement ne pourra compter que sur un ministre de l’Intérieur à temps partiel. Il faudra d’une part gérer Beauvau et d’autre part préparer une campagne municipale. Ces défections ministérielles plus ou moins programmées, souvent subies, laissent en tout cas une vive sensation d’amateurisme.

     

    Le remplacement de Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique a également donné lieu à une étonnante autant que dramatique partie de chaises musicales. Et jeté une lumière crue sur le Nouveau Monde cher à Emmanuel Macron. La désignation de François de Rugy en tant que ministre de l’Ecologie a en effet entraîné l’élection de Richard Ferrand au Perchoir et l’élection de Gilles Le Gendre à la présidence du groupe LREM de l’Assemblée nationale. Un homme a remplacé un homme qui a remplacé un homme qui a remplacé un homme. Les codes du Nouveau Monde ressemblent finalement traits pour traits à l’ancien.

     

    En cette rentrée, la République exemplaire d’Emmanuel Macron a également pâli. Comment expliquer que Richard Ferrand ait été -aussi mal- élu à la présidence de l’Assemblée nationale après avoir été adoubé par Emmanuel Ier ? De nombreux députés LREM n’auraient que modérément apprécié qu’on leur force ainsi la main. Vous avez dit députés « godillots » ? Et sinon comment expliquer la nomination de l’ami Philippe Besson, auteur d’un livre dithyrambique sur Emmanuel Macron en tant que Consul de Los Angeles ? République exemplaire ou République des copains ?

     

    De plus en plus impopulaire, au fur et à mesure que les Français se rendent compte des échecs de la politique conduite depuis un an et demi, Emmanuel Macron est également perçu de plus en plus loin des préoccupations des Français. Son « parler vrai », sa volonté de dire les choses cash et d’interpeller ses interlocuteurs étaient acceptés quand les Français avaient encore l’espoir que leur situation s’améliore. Maintenant qu’ils voient que rien ne change, la méthode irrite.

    Qu’il évoque des « Gaulois réfractaires aux changements » depuis l’étranger ou qu’il se moque ouvertement d’un jeune horticulteur demandeur d’emploi en l’invitant à « traverser la rue » pour trouver du boulot dans un restaurant, Emmanuel Macron adopte désormais un ton condescendant. Il se voulait disruptif, il est perçu comme donneur de leçons et arrogant envers tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Sa posture jupitérienne agace. Les Français modestes ne se retrouvent plus dans celui qui ne cesse de privilégier les premiers de cordées.

     

    Les Français lui pardonnent d’autant moins ces familiarités et ces écarts de conduite que les réformes impulsées depuis juin 2017 sont un échec patent. Emmanuel Macron voulait être identifié comme le Président du pouvoir d’achat. C’est raté. La hausse des taxes sur les carburants, l’augmentation exponentielle des flashs des radars automatiques, la hausse de la CSG, la désindexation des pensions de retraite sont autant de réformes qui vont chercher l’argent dans la poche des Français. Et surtout dans la poche des Français les moins aisés, ceux qui habitent dans les territoires, les classes moyennes, les retraités. Le « ruissellement » n’est pour tous ceux-là qu’une vue de l’esprit. Et la réforme de la fiscalité des successions -même s’il semblerait qu’elle soit abandonnée-ou la réforme de la redevance télé n’ont pas d’autres buts que de faire entrer davantage d’argent dans les caisses de l’Etat. Des taxes, plus ou moins déguisées. Toujours plus de taxes.

     

    Comme Emmanuel Macron n’a pas profité de la bonne conjoncture qu’il a trouvée en arrivant à l’Elysée pour faire les réformes structurelles dont le pays a besoin, il se trouve fort dépourvu maintenant que les indicateurs économiques virent à l’orange. On ne connaît pas encore le détail du projet de budget pour 2019 mais on sait déjà que le déficit va repartir à la hausse, de même que les dépenses publiques qui continuent inexorablement d’augmenter.

     

    Je peux encore vous parler des hésitations sur l’application du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, qui a rendu la réforme anxiogène, de l’annonce des suppressions de postes dans l’Education nationale, alors que c’était soi-disant la priorité des priorités du quinquennat, ou le départ avec pertes et fracas d’une députée du groupe LREM de l’Assemblée nationale, qui dénonce un fonctionnement sectaire.

    Je pourrais continuer encore longtemps cet inventaire à la Prévert des difficultés rencontrées par Emmanuel Macron en cette rentrée politique. Mais je risquerais de lasser.

     

     

    Le fait est qu’à vouloir tout gérer tout seul, à avoir personnifié le pouvoir comme jamais auparavant, Emmanuel Macron a pris un énorme risque. Alors qu’il bat des records d’impopularité, il est désormais en première ligne, sans que personne parmi son entourage ne soit en mesure de le défendre efficacement.

    Pourtant, il reste encore 3 ans et demi à tenir. Une éternité en politique. La situation est grave. C’est pourquoi il faut absolument reprendre la barre du navire France. Et vite.