• De la trahison en politique

    Début février, dans le premier billet de mon blog, je parlais du « courage en politique ».

    Trois mois et une campagne présidentielle plus tard, je vais évoquer dans ce post la trahison en politique.

     

    En politique, la trahison peut être latente et récurrente, quand un élu joue systématiquement et régulièrement contre son parti ou son camp. On connaît cela en Côte-d’Or où le sénateur Houpert en est devenu le symbole.

    Elle peut également être spontanée et inattendue quand une personnalité change subitement de cap et renie ses valeurs. C’est ce qu’on appel plus prosaïquement « retourner sa veste ». Noir un jour, blanc le lendemain. Tant pis pour la cohérence.

    Le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen au lendemain du premier tour illustre parfaitement cette trahison politique.

    Un : jouer contre son camp et en faire parler.

    Deux : rallier ses adversaires politiques et le FN au mépris de toutes les valeurs gaullistes et républicaines.

     

    Il faut ainsi se rappeler que, depuis 2007, date à laquelle son mouvement, Debout la République, devenu Debout la France, s’est émancipé de l’UMP, Nicolas Dupont-Aignan a fait énormément de mal à la droite, jouant systématiquement contre elle.

    Lors des élections régionales de Bourgogne-Franche-Comté, en décembre 2015, on se souvient ainsi que la liste DLF conduite par Maxime Thiébaut a largement contribué à la défaite de la liste de la droite et du centre que je conduisais.

    En recueillant 5,17% des voix au premier tour, la liste de Debout la France a réalisé un score qui n’a servi absolument à rien aux quelque 50.000 électeurs ayant fait confiance à Maxime Thiébaut. Si ce n’est faire perdre au deuxième tour la droite et le centre, auxquels DLF prétendait pourtant appartenir.

    Et, accessoirement, faire gagner la gauche et installer Madame Dufay à la présidence de la grande Région. Une stratégie pitoyable.

    Même constat, mêmes conséquences au premier tour de l’élection présidentielle, dimanche 23 avril.

    Nicolas Dupont-Aignan a fait un score de 4,7% des suffrages exprimés, soit presque 1,7 million de voix. Le président de Debout la France a de ce fait empêché François Fillon, le candidat de la droite et du centre, d’accéder au deuxième tour.

    Il n’a en effet manqué qu’un peu plus de 500.000 voix à François Fillon pour devancer Marine Le Pen et se qualifier pour la finale élyséenne.

    Deux élections donc et deux stratégies identiques. Dans les deux cas, Nicolas Dupont-Aignan et Maxime Thiébaut ont joué délibérément contre leur camp, trahissant les valeurs dont ils se réclament pourtant devant chaque micro ou caméra.

     

    Et puis, l’acte final, le dénouement et les masques qui tombent avec ce ralliement à Marine Le Pen.

    Le même NDA qui n’avait pas de mots assez durs à l’encontre de la présidente du Front National, quelques heures à peine avant le premier round présidentiel. Il parlait ainsi de la « candidate du système », de « l’héritière » Le Pen.

    « Certains me proposent de venir à la soupe. Je préfère du pain rassis mais garder mon honneur et mon intégrité » avait-il fanfaronné lors d’un meeting réuni à Paris, mercredi 19 avril dernier. Soit quelques jours à peine avant le premier tour du scrutin présidentiel.

    En novembre 2016, Dupont-Aignan estimait que mettre le FN au pouvoir s’apparentait à un « saut sans parachute ».

    Le ralliement de NDA à Marine Le Pen n’est en fait rien d’autre qu’une stratégie inspirée par des considérations bassement matérielles.

    Il faut bien rembourser une campagne qui a quand même coûté plus de 1,5 million d’euros.

    Pour finir de convaincre son nouvel ami, Marine Le Pen a mis dans la corbeille de la mariée ni plus ni moins que le poste de Premier ministre de son futur Gouvernement.

    Une promotion inaccessible -je l’espère- et inespérée pour Nicolas Dupont-Aignan.

    NDA a en fait renié ses valeurs et vendu son âme au diable pour un plat de lentilles.

    Se réclamer du Général de Gaulle en ralliant le Front National est une imposture historique mâtinée d’escroquerie intellectuelle et morale.

    Sa trahison aura au moins eu un mérite. Celui d’éclaircir sa situation politique.

    Dupont-Aignan, en reniant les valeurs de la droite et du centre et en pactisant avec l’extrême-droite, est désormais clairement un ennemi de la République.