• Avec les 80 km/h, le Gouvernement a inventé une nouvelle taxe…

    Depuis le dimanche 1er juillet, quelque 400.000 kilomètres de routes départementales et nationales sans séparateur central sont limitées à 80 km/h.

    Edouard Philippe a été inflexible. Sourd aux protestations des acteurs de la route et aux arguments présentés par les élus locaux, notamment départementaux, en charge de la gestion de la quasi-totalité du réseau routier concerné, le Premier ministre a signé sans trembler le décret abaissant la vitesse de 90 à 80 km/h.

    Pour ma part, j’ai toujours été opposé à cette mesure. Je l’ai dit dès le départ. Dès que l’idée avait été évoquée, début 2018, j’avais dénoncé une mesure technocratique et ruralicide. J’avais également interpellé le Gouvernement en lui demandant s’il voulait moins de morts ou moins de permis sur les routes.

    En tant que président du groupe Droite, Centre et Indépendants (DCI) au sein de l’Assemblée des Départements de France (ADF), j’avais saisi le Premier ministre, lui formulant plusieurs propositions constructives. Avec une ligne directrice : non à la généralisation de cette mesure mais oui à son application différenciée, au plus près du terrain, sur les tronçons identifiés comme accidentogènes, en lien avec les présidents de conseil départemental et les élus locaux.

    Le Premier ministre m’a opposé une fin de non recevoir. Dont acte.

    Et maintenant ? Un mois après l’abaissement de la vitesse sur tout le réseau routier secondaire, quel est le premier bilan qu’on peut tirer des chiffres dévoilés dernièrement par les médias et confirmés par la Sécurité routière ?

    D’abord, la mesure n’est pas encore entrée dans les mœurs. C’est un euphémisme. Le nombre d’automobilistes flashés sur les routes secondaires en juillet 2018 a bondi. Il a été multiplié par 2,1 par rapport à juillet 2017. Soit 260.000 flashs supplémentaires !

    Ensuite, la colère des automobilistes a été décuplée. Il suffit d’écouter les citoyens ou les responsables d’associations d’automobilistes. Ou d’analyser quelques chiffres. En juillet 2018, 400 radars automatiques ont été dégradés, contre une centaine habituellement. J’ai toujours dit que, pour qu’une mesure soit acceptée, il faut qu’elle soit comprise. Ce n’est manifestement pas le cas pour cette disposition autoritaire.

    Enfin, le Gouvernement va contribuer à envoyer encore un peu plus de conducteurs sans permis sur nos routes. Ne nous y trompons pas. A 82 ou 83km/h, nombre d’automobilistes flashés vont perdre des points. A coups d’un point par ci, d’un autre point par là, plusieurs de ces présumés « chauffards », ou désormais identifiés comme tels par les pouvoirs publics, pourraient à terme perdre leur permis. J’avais saisi le Premier ministre en juin dernier pour lui demander un état des lieux des conducteurs sans permis et sans assurance qui circulent actuellement sur nos routes. Histoire de pouvoir faire une comparaison dans quelques mois. Je n’ai toujours pas obtenu de réponse.

    Mais si, au final, la principale conséquence de cette mesure était financière ?

    Car, à y regarder de plus près, l’Etat fait une bonne opération pécuniaire. S’il est trop tôt pour dresser un bilan sur l’évolution de la mortalité routière, on peut dire que l’Etat a touché le gros lot.

    260.000 flashs supplémentaires en un mois, ce sont des millions d’euros en plus dans ses caisses. Des millions d’euros qui, chaque mois, viendront renflouer un Etat exsangue financièrement. Edouard Philippe a beau jeu de marteler que l’argent supplémentaire sera affecté aux établissements en charge des soins des accidentés de la route. On n’est pas obligé de le croire.

    Et si, avec l’abaissement de la vitesse, le Gouvernement avait tout simplement inventé une nouvelle taxe ?