• Abaissement de limitation de vitesse à 80 km/h : quand Paris impose sa vision technocratique aux territoires

    Nous y voilà. Sans aucune concertation, le Comité interministériel de la Sécurité routière vient de valider unilatéralement l’abaissement de la vitesse à 80 km/h sur les routes nationales et départementales sans séparateur central.

    Bien qu’Edouard Philippe ait promis une concertation en décembre dernier, cette mesure a été décidée sans consulter personne.

    C’est le fait du prince. En l’occurrence du Premier ministre. Avec l’aval du Président de la République.

    C’est, une nouvelle fois, Paris qui impose ses décisions aux territoires. Sans un regard pour les élus locaux. Sans écouter les acteurs de terrain. Sans une attention pour les collectivités locales. Sans penser non plus aux habitants des territoires ruraux car ce sont eux qui seront les premiers concernés par cette mesure inique.

    C’est la politique version Macron-Philippe : la technocratie parisienne impose ses vues à la province. Traduction : à Paris, on sait ce qui est bon pour vous.

    Mais de quoi parle-t-on précisément ?

    On parle d’abaisser la limitation de vitesse de 90 km/h à 80 km/h sur la quasi-totalité du réseau routier départemental. Un réseau presqu’entièrement piloté par les Départements. Les collectivités départementales gèrent ainsi près de 380.000 km de routes sur tout le territoire national.

    En Côte-d’Or, ce sont des dizaines d’agents qui entretiennent, rénovent, aménagent, auscultent ou sécurisent quelque 5.800 km de routes départementales au quotidien. Avec un leitmotiv : garantir la sécurité des usagers.

    Chaque accident est analysé, disséqué, évalué et, en cas de besoin, les services départementaux apportent une solution pour améliorer la sécurité.

    Les Départements sont donc la cheville ouvrière du réseau routier départemental. Des acteurs incontournables.

    Pourtant, ont-ils été consultés sur le sujet ? A-t-on pris contact avec les services des conseils départementaux pour déterminer quelles parties de leurs réseaux pourraient être spécifiquement concernées par cette baisse de la vitesse en raison, par exemple, d’une dangerosité avérée ? L’ensemble du réseau routier secondaire justifie-t-il une généralisation de la mesure ?

    La réponse est non. A toutes les questions posées.

    C’est d’autant plus dommage que les Départements font preuve d’ouverture et ne sont pas dans l’opposition systématique. Le Conseil départemental de la Côte-d’Or, que je préside, a ainsi adopté à l’unanimité un vœu par lequel il appelle les pouvoirs publics à renoncer à un abaissement global de la vitesse et à « privilégier des solutions pragmatiques, au cas par cas, sur les tronçons les plus accidentogènes ».

    Pourquoi généraliser ainsi une mesure démagogique au lieu de se servir de la connaissance du terrain des élus locaux ? Le Gouvernement propose de faire un tricot grossier alors que les conseils départementaux pourraient réaliser de la dentelle.

    Edouard Philippe a beau jeu d’évoquer des « études » qui évoquent « 300 à 400 vies sauvées par an » avec une vitesse limitée à 80 km/h. Mais de quelles études parle-t-il ? Lui seul les a-t-il vues ?

    Je veux rappeler au Premier ministre que des expérimentations ont été conduites durant deux ans sur plusieurs routes, notamment en Haute-Saône. Pour quels résultats ? Le Gouvernement n’a absolument rien communiqué en la matière.

    Je veux également dire à Edouard Philippe qu’il pourrait regarder ce qui se fait chez nos voisins européens. Sait-il par exemple, qu’au Danemark, l’Etat a expérimenté durant deux ans la hausse de la limitation de vitesse sur certaines routes ? Plusieurs tronçons limités à 80 km/h ont en effet vu la vitesse passer à 90 km/h. Les résultats de cette expérimentation sont tellement bons que les pouvoirs publics danois envisagent un relèvement de la vitesse à 100 km/h. Tandis que le trafic a été « fluidifié », l’accidentalité a baissé de 11% et la mortalité de 13%.

    Au Danemark, on expérimente, on évalue et ensuite on adapte. Dans un sens ou dans un autre. Au cas par cas. C’est du pragmatisme, du bon sens, à l’écoute du terrain. Pas une décision imposée d’en haut pour une application globale dans les départements.

    N’est-on pas capable de reproduire en France des expériences réussies ailleurs en Europe ? Visiblement non.

    Le Gouvernement va-il continuer d’imposer sa vision parisienne aux territoires ? Visiblement, ou